Confinement jour… Je ne sais plus.

Des pleurs, des hurlements, il frappe sur la télé de rage. Je sautille sur place, à 2 doigts de donner des coups de poings dans le mur d’agacement face à ce nouveau caprice, en disant à sa mère : « je ne vais pas tenir, je ne vais pas tenir… ».

Hier j’ai appris que contrairement aux idées qui courent (potentiellement créées par le MEDEF ?) aucun texte ne précise que si les 2 parents font du télétravail il est impossible de poser le fameux « arrêt de travail pour garde d’enfants ». Alors je l’ai prolongé de 15 jours. Hasard ou non ? J’ai peu dormi cette nuit, appréhendant déjà les prochains jours. Je me plains sans me plaindre, contrairement à d’autres secteurs particulièrement impactés mon salaire tombe toujours en fin de mois, et ma boite (grand groupe international) est assez grosse pour supporter cette crise sans frémir. Mais ça n’en est pas moins dur au quotidien.
La crise du matin était liée au fait que la maman, qui a repris son télétravail (après 2 jours de congés, parce qu’en théorie on aurait dû être en train d’arpenter les rues de Séville par les temps qui courent), a laissé son portable pro sur lequel est installé l’application pour regarder « petit ours brun ». Moi qui tiens particulièrement à la barrière de « la porte fermée du bureau = maman travaille » (ce qu’il comprend parfaitement), en entravant volontairement cette règle, elle a tué le game comme on dit… Et ensuite il a été impossible de faire de nouveau comprendre à bébé que ça y est, maman travaille, il faut maintenant rester à papa.

Les colères sont de plus en plus virulentes. Le fameux « terrible Two ». Et je ne lui en veux que moyennement car je sais qu’elles sont incontrôlables pour lui, on voit bien qu’il essaie parfois de se calmer mais qu’il n’y arrive pas. Alors il tape, sur tout ce qu’il voit. Par terre, sur son père, sur la télé, sur sa mère. On entend parfois des crispations d’estomac, signe de potentiel vomissement à venir, souvenirs douloureux d’une période où lorsqu’il pleurait trop il vomissait.

La maman sort de son bureau, et tente de le consoler. Il se calme… On l’équipe pour le balader. L’attestation en main, je sors la poussette avec 10 min de retard sur l’heure que j’avais inscrite sur ce fichu bout de papier. Il fait beau, les rues sont désertes. Très vite, il descend (ce qui est rare en poussette ces derniers jours), et se met à causer.

Il commence à connaitre certains verbes, qu’il accompagne à des mots. « Maman travaille », « train parti », « manège il tourne ». Et puis dès qu’il voit le chiffre 5 (notre étage) il s’écrit 5 en le montrant. Il désigne la lune lorsqu’elle est là en fin de journée, les avions et leur sillon de vapeur d’eau. Il montre l’entrée du Parc et s’écrit « oh, Parc fermé… » avant de préciser « Parc personne ». Je montre ma déception comme lui. Je change de trottoir pour ne pas croiser une autre femme en train de promener son enfant en poussette. On s’échange un bref sourire. Enfin je le devine vu qu’elle porte un masque (soupir).

Je me rends compte que je n’ai plus de Pokeballs dans Pokemon GO… Ceci expliquant pourquoi depuis 20 minutes je n’avais chopé aucune bestioles… GRRRRRR. Foutu confinement.

L’heure tourne. Il réclame les bras, je le redirige vers la poussette, et l’on fait marche arrière. Je rebrousse chemin vers l’appartement et m’arrête prendre du pain avant de lui en donner un bout ce à quoi il me répond « merci ». Je suis toujours admiratif du travail de l’Assmat, lorsqu’il répond « Merci » « Plait » et autre « Non merci » ou « Pardon » lorsque les situations le permettent. A noter ce fameux « non merci » lorsqu’on lui dit « on va changer la couche ?  » et autre « Tu as mal quelque part ?  » sans parler du « Tu vas faire dodo ? « . Cette nuit encore, il l’a terminé dans le canapé du salon (qu’on transforme toujours en lit la nuit, au cas où, ces genres de cas étant définitivement trop réguliers…). Il s’est réveillé tout seul, est descendu de son lit, et s’est allongé dans le canapé où il a commencé à se rendormir. Alerté par les légers craquements du parquet et ce malgré mes boules quies, j’ai mis le nez en dehors de la chambre et confié à la maman « il est sur le canapé »… Elle l’a rejoint (afin d’éviter qu’il ne tombe du côté sans dossier). Je repense à tous ces parents qui ont eu des enfants faciles sans aucun trouble de l’endormissement…

Je prolonge brièvement la balade pour rentrer, en espérant ne pas tomber sur les nombreux flics qui patrouillent régulièrement dans mon quartier. Je repense à « Je suis une légende », lorsque Will Smith règle ses montres pour être à l’abri lorsque le jour se transformera en nuit. Quelle angoissante tranquillité.

Avant de m’engouffrer dans le garage (que mon fils désigne en prononçant le mot « Garage » donc), je jette un coup d’œil à la voisine du dessus, la « collabo » qui a quelques jours plus tôt appelé les flics lorsqu’elle nous avait vu « trop nombreux » sur la dalle de notre résidence privée, avant de recoller à l’entrée ce mot à peine agaçant : « NON MAIS C’EST QUOI QUE VOUS COMPRENEZ PAS DANS LE MOT CONFINEMENT ?  » (connasse). Est-ce que son copain tolèrerait qu’on lui rase la tête une fois le confinement terminé ? J’en doute.  (penser à organiser une collecte dans l’immeuble pour lui faire retirer son utérus, afin que jamais elle ne se reproduise… Et avec le rabe de la cagnotte on lui payera une maison dans le perche où elle fera chier personne). On attend l’ascenseur.

Je jette un coup d’œil à mon smartphone, attendant toujours la réponse de cette copine hôtesse de l’air d’un an mon aînée, qui avait posté sur son mur FB qu’elle était très probablement atteinte de ce foutu virus. 3 jours qu’elle ne donne plus de nouvelles. J’ai peur pour elle et son fils de 10 ans.

L’ascenceur s’ouvre sur notre 5ème étage. Bébé descend de la poussette, pousse la porte, retire son manteau, ses chaussures en précisant « dur », puis ses chaussettes et court vers le bureau de la maman, en lui disant « parc fermé personne ». Elle me sourit en le prenant dans les bras : « Ça a été ?  »

« Ça a été.  » Mais jusqu’à quand…

Une réflexion sur “Confinement jour… Je ne sais plus.

  1. Por Dios, quel sacerdoce d’avoir des enfants… Courage!! Ca te fera plein d’anecdotes à lui balancer quand il aura 18 ans, pour lui coller la honte devant ses potes  » T’sé, quand tu tapais sur la télé en trépignant pour avoir Petit Ours Brun, ça te faisait vomir »… Rien de mieux pour une bonne vengeance bien froide! En vrai, c’est attendrissant de suivre ses débuts en langage comme ça, merci de partager. 🙂

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